Libé, Ardisson, Karl, TF1, M6 et les autres, le grand mercato de la pensée unique !

MERCATO. L’expression est sympathique, elle nous renvoie à ces transferts gigantesques qui agitent chaque année la planète foot, l’affaire se corse en revanche quand elle concerne le petit monde des médias, radio, télé et presse écrite, tout est train de changer ou presque…
Première visée, la télévision, et pour cause, les Français la regarde plus de 3 heures par jour, ils dévorent le petit écran, boîtes par ci et millions par là, la soupe est bonne et pas chère. Laurence Ferrari, Benjamin Castaldi, Marc Olivier Fogiel, Laurent Delahousse, Mélissa theuriau, Stéphane Bern… Ceux là auront tous changé de chaînes la saison prochaine, sur le fond pourtant aucun bouleversement, chacun retrouvera son poste, divertissements pour les uns et variétés pour les autres.
Une petite poignée de trublions ont essayé – jusqu’au bout – de relever un petit peu le tout, ingrédients pas toujours adéquates mais au moins ont-ils eu le mérite de proposer quelques variantes… Zéro viré de Canal – trop ringard pour la chaîne – Ardisson contraint de quitter la Deux pour « non cumul des mandats » (l’occasion idéale pour le faire taire ?), Franz Olivier Giesbert est venu rejoindre le lot après la suppression de son magazine « cultures et dépendances ». Au final que reste t-il ? Rien ou presque, « Arrêt sur images » un temps menacée, reste en place l’année prochaine mais à quel prix ? Schneidermann et ses acolytes pourront-ils encore l’ouvrir ? Quid de Guillaume Durand sur France2 ? Son magazine « campus » reste à l’antenne pour l’instant mais son animateur est sur la sellette, lui aussi encore englué dans cette affaire d’exclusivité avec le service public. Décidemment c’est pas de chance, autant d’animateurs virés, c’est aussi toujours plus de places à la télé au rabais, ses variétés au kilos, ses magazines racoleurs et son rayon de séries faiblardes.
Autre secteur en ligne de mire, la presse écrite. Sous le prétexte d’une mort trop souvent annoncée (précipitée ?), le jeu des chaises musicales affecte également tous les grands quotidiens nationaux. France soir relancé – sous la forme d’un tabloïd à la Française – par ses nouveaux locataires, Le Monde bombardé d’un nouveau directeur général, Le Figaro remanié il y a déjà plusieurs mois par son actionnaire (le sénateur UMP et grand patron Serge Dassault), et puis maintenant Liberation dont le patron et fondateur – Serge July – est prié de partir par le nouvel actionnaire Edouard de Rothschild, ce dernier le tenant pour seul responsable de la situation. En réalité la mise à l’écart d’un homme ne pourrait à elle seule combler un déficit – il faudrait au minimum 3.5 millions d’euros – connu depuis longtemps. Patron de presse ne veut pas dire, boursicoteur et encore moins directeur financier, encore une excuse ? Quel Libération auront nous à la rentrée ? Devinez…
La radio – elle aussi – n’est pas en reste. France Inter fait son ménage, et pas qu’un peu, la matinale sera entièrement remaniée à la rentrée, RTL fait de même alors qu’à priori Europe1 a déjà pris un peu d’avance, il y a un an. Enfin n’oublions pas la presse magazine, L’Express vient d’être vendu au groupe de presse Belge Roularta, Paris Match cherche un nouveau directeur en remplacement d’Alain Genestar (rumeur bientôt confirmée ?) qui n’est plus en odeur de sainteté au sein du groupe Lagardère après quelques mauvais coups portés au copain Sarko…
Au final du grand gâchis, tout ça pour une élection présidentielle qui s’annonce serrée – comme jamais – et dont les candidats savent que le contrôle des cerveaux sera déterminant, encore plus cette fois ci. Médias muselés, formatés et abrutissants, c’est l’avantage pour les uns de ne pas trop se poser de question, pour les autres d’investir la bêtise humaine. Sauf que tout ça – ce mercato assourdissant – aussi médiatique soit-il, commence à faire un peu trop de bruit, arme à double tranchant ?